Economie circulaire et Immobilier, quelles opportunités ? Retour sur l’Atelier du 4 septembre

L’OID a publié le 4 septembre son étude sur les opportunités et retours d’expérience de l’économie circulaire pour l’immobilier (disponible ici). Cette dernière a été présentée lors d’un Atelier abordant les solutions pour faire « entrer l’immobilier dans la boucle » chez Icade. L’événement a été ouvert par Alain Guisnel, Directeur Qualité développement durable chez Icade. Sixtine Le Bourdonnec, chargée d’études à l’OID, a ensuite présenté l’étude. Carl Enckell, du Cabinet Enckell Avocats, a apporté son analyse du cadre réglementaire s’appliquant aux déchets de chantier, suivi d’un retour d’expérience de la plateforme Cycle Up présenté par Benjamin Ficquet, Directeur des transitions environnementales chez Icade. Grégory Van de Velde, fondateur d’Owwi, a clos l’atelier en présentant le concept d’appartements évolutifs développé par la start-up.

 

L’immobilier, un secteur de plus en plus engagé en faveur de l’économie circulaire

Présentation de la Feuille de route pour l’économie circulaire, développement des plateformes d’échanges de matériaux et des ressourceries du bâtiment, lancement de l’association Circolab : l’année écoulée a été riche d’engagements en faveur de l’économie circulaire pour le secteur de l’immobilier.

Déjà abordé comme business model émergent dans l’étude prospective de l’OID sur l’innovation en 2015 (disponible ici), l’importance que ce système d’économie en boucle aura dans la ville de demain avait été confirmé lors de l’étude sur les villes intelligentes en 2017 (disponible ici). Dans la continuité de ces travaux prospectifs et ayant identifié l’économie circulaire comme sujet à suivre en 2018, l’OID consacre son étude annuelle à ce nouveau modèle économique. Cette dernière traduit les enjeux de l’économie circulaire en objectifs concrets à atteindre pour l’immobilier, et détaille les bonnes pratiques et outils à disposition du secteur pour parvenir à leur réalisation.

 

Mettre en lumière les bonnes pratiques existantes

Ces bonnes pratiques ont fait leur preuve sur des projets dont l’étude inclut les retours d’expérience. Nombreuses, elles sont avant tout diverses : loin de se limiter au recyclage, l’économie circulaire inclut les problématiques de l’allongement de la durée de vie, la mutualisation des espaces ou encore l’approvisionnement durable (pour une description des 7 piliers sur lesquels s’appuie l’économie circulaire, voir notre article sur l’économie circulaire et l’approvisionnement énergétique disponible ici). Ces enjeux se complètent afin d’atteindre le but poursuivi par ce modèle : augmenter, à chaque stade du cycle de vie d’un bien, produit ou objet, l’efficacité dans l’utilisation des ressources tout en diminuant l’impact sur l’environnement et en favorisant le bien-être des individus.

Quant aux acteurs de l’immobilier, du maître d’ouvrage à l’asset manager en passant par les entreprises de démolition, ils peuvent œuvrer à cet objectif sur 3 périmètres : le bâtiment, le quartier et l’individu & entreprise.

 

Mobiliser la maîtrise d’ouvrage pour de nouvelles dynamiques de chantier

L’intérêt de l’immobilier pour le modèle circulaire est accompagné d’une volonté de mieux saisir les enjeux juridiques encadrant la transformation des déchets de chantier. C’est le constat que dresse Carl Enckell, du cabinet Enckell Avocats. Œuvrant à cette compréhension, il a élaboré pour le projet Démoclès un guide juridique sur la responsabilité de la maîtrise d’ouvrage en matière de déchets. Sur le chantier, rappelle-t-il, les prestataires ne sont pas les uniques responsables de la gestion des déchets. La maîtrise d’ouvrage, en tant que productrice des déchets, est solidairement responsable avec les entreprises de travaux qui en sont les détentrices. Un ensemble de coopérations doit donc être développé en vue de répondre aux diverses obligations réglementaires et parvenir, finalement, à la réutilisation ou au recyclage du déchet.

 

Améliorer la législation grâce aux innovations de terrain

Les différentes législations encadrant ces obligations (environnement, construction, commande publique) manquent encore d’harmonisation. Ce en dépit d’objectifs de valorisation ambitieux fixés par la Loi de transition énergétique pour la croissance verte (70% des déchets d’ici 2030, néanmoins non imposable à la maîtrise d’ouvrage privée). Faudrait-il attendre de nouvelles avancées réglementaires avant de se lancer dans le modèle circulaire ?

Carl Enckell rappelle l’importance du droit souple et du développement de nouvelles pratiques de terrain. La maîtrise d’ouvrage a donc un rôle moteur à jouer. Elle peut contribuer à préciser la législation en définissant des bonnes pratiques et en contribuant à l’élaboration de norme et de guides. Notamment, les innovations de terrain peuvent aider à préciser certaines notions juridiques encore floues, telles l’obligation de caractérisation des déchets, ou les règles assurantielles s’imposant aux matériaux réemployés et aux déchets réutilisés. La transformation des chantiers en banque de matériaux dépendra ainsi de la faculté des acteurs à s’emparer du sujet, ce qui nécessite dans un premier temps leur acculturation.

 

Tisser un réseau du réemploi, l’exemple de Cycle Up

La clé est la mobilisation des acteurs… et leur mise en réseau, complète Benjamin Ficquet d’Icade. Il est notamment impératif de faciliter les échanges entre acteurs souhaitant vendre et acheter les matériaux de construction réemployés. La plateforme Cycle Up répond désormais à cette demande et met en lien les acteurs de l’économie circulaire. Développée par un groupe d’intrapreneurs chez Icade et Egis et lancée en mars 2018, elle a déjà permis le réemploi de 12 tonnes de matériaux et l’économie de 37 tonnes de carbone. Consciente des insécurités juridiques s’apparentant au réemploi, la plateforme vise à offrir un accompagnement global des acteurs et propose aussi des prestations d’audit et de conseil.

Chaque acteur a à gagner de ce réemploi. Le vendeur, dont les coûts de logistique (transport, stockage) équivalent ceux d’un enfouissement/élimination voit son impact carbone réduit et anticipe les réglementations futures. Quant à l’acheteur, il bénéficie de matériaux en moyenne 20% moins chers que ceux aux prix du marché. Les constructeurs de matériaux y ont aussi à gagner : le développement du réemploi pourrait les amener à développer des prestations de diagnostic, assurant ainsi le respect des normes par les matériaux entre leur première et leur seconde vie. L’économie circulaire a aussi une forte composante sociale et profite aux territoires. Génératrice d’emplois locaux, elle peut aussi se rattacher à des projets d’ESS (Economie Sociale et solidaire). Cycle Up collabore d’ailleurs avec des entreprises locales d’insertion, contribuant à un développement territorial.

 

Développer un nouveau savoir-faire national

Au-delà, l’économie circulaire pourrait constituer une opportunité nationale. Grâce à l’accélération des expérimentations, la France rattrape son retard sur des pays historiquement plus en avance sur les pratiques de réemploi et de valorisation, telles les Pays-Bas et la Belgique. Le secteur de la construction sera par ailleurs bientôt au centre de l’attention internationale avec les JO 2024, notamment les infrastructures du village olympique visant l’exemplarité environnementale.

Afin d’accélérer l’amélioration des pratiques et la mobilisation des acteurs, la plateforme Cycle Up est ouverte aux marchés et en attente constante de retours. D’ici quelques années, elle pourrait être en mesure de permettre la réservation de gros œuvre réemployé des mois à l’avance, de favoriser des synergies à l’échelle régionale, etc. : le champ des possibles est ouvert.

 

Penser des bâtiments à la durée de vie prolongée

En vue d’être pleinement circulaires, les constructions de demain ne devront pas seulement être bâties en matériaux réemployés, elles seront aussi pensées pour durer plus longtemps. A l’heure où les habitudes de vie se transforment rapidement, l’évolutivité devient le maître-mot pour des bâtiments plus durables. Clôturant l’Atelier, Gregory Van de Velde offre un exemple de logements 100% personnalisables : le concept Owwi. Grâce à un système de distribution électrique basé sur les murs porteurs et de cloisons amovibles, l’espace se redessine en fonction des envies de chaque nouvel occupant. Quant au promoteur, il laisse la personnalisation de l’espace aux mains de l’acquéreur et un architecte et standardise ses constructions sans se voir demander de TMA (Travaux Modificateurs Acquéreurs). Actuellement décliné sur du logement neuf, on pourrait imaginer ce système à l’avenir pour des opérations de rénovation.

Les opportunités du secteur ne s’arrêtent pas là. Récupération de chaleur fatale, mutualisation d’espace, recours à l’usage et non la possession des biens ; les bonnes pratiques de l’économie circulaire dans l’immobilier sont multiples. Retrouvez-les dans l’étude de l’OID (version complète disponible ici et infographies disponibles ici). 

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