Quelle valorisation pour les déchets plastiques du BTP ?

Crédits : Pexels

 

Plastiques recyclés et construction, quels leviers pour l’innovation ?

Dans le cadre du festival Building Beyond, organisé dans le laboratoire Leonard : Paris (VINCI), une rencontre a été organisée le 6 juillet sur le thème « Plastique recyclé & construction : quels leviers d’innovation en faveur de l’économie circulaire ? ». Simon Bernard, fondateur de Plastic Odyssey, Claire Dadou Willmann, déléguée générale de 2ACR, Marie Combarieu, fondatrice d’Ecodrop et Lila Abtroun, ingénieure chez VINCI Construction, ont tour à tour apporté leur témoignage. L’occasion de revenir sur les freins à la valorisation des matériaux plastiques dans le BTP.

 

Le bâtiment, second utilisateur de plastiques après le secteur des emballages

L’enjeu ne concerne pas « le » plastique mais « les » plastiques. Il en existe en effet de nombreux types, présents dans chaque recoin du bâti : le PVC, qui représente 50% des plastiques utilisés dans le BTP (membranes de tunnel, les revêtements de piscine, etc.), le PET (isolant), le PEHD (tuyaux, conduits), le PP, etc. Les techniques actuelles permettent de recycler la majorité de ces matériaux. Leur valorisation réelle est en revanche limitée, notamment en France. Selon l’ADEME, 20% des déchets plastique du secteur du BTP sont recyclés tandis que la moyenne européenne se situe autour de 26%.

Leur recyclage est un enjeu majeur dans la lutte contre le réchauffement climatique. D’une part, l’impact carbone des matériaux recyclés est nettement réduit : les matières plastiques recyclées génèrent trois fois moins d’émissions de CO2 pour le PET en granulés, et jusqu’à 17 fois moins pour le PVC.

D’autre part, la meilleure valorisation des plastiques est essentielle pour adresser d’autres problèmes environnementaux, tels que la pollution sous-marine et l’accumulation de déchets sous la forme du 7e continent.

 

De nouvelles réglementations s’attaquant aux déchets plastiques

Dans cette optique, de nouvelles règlementations contre la pollution liée au plastique sont introduites en 2018. La Commission européenne a publié le 16 janvier sa première stratégie européenne sur les matières plastiques, dans le cadre de la transition vers une économie circulaire. Cette stratégie prévoit que tous les emballages sur le marché de l’UE seront recyclables d’ici à 2030, que la consommation de plastiques à usage unique sera réduite, et l’utilisation intentionnelle de micro-plastiques sera limitée.

Le gouvernement français, qui vise la valorisation de 100% des emballages plastiques d’ici 2025 depuis la Loi de Transition énergétique pour la croissance verte, confirme son ambition avec la publication de la FREC (Feuille de Route de l’Economie Circulaire) le 23 avril 2018. Un de ses objectifs-clés est une meilleure incorporation des matières recyclées dans les secteurs de l’emballage, du bâtiment, de l’automobile ou des équipements électroniques. Afin de relever ce défi, 55 entreprises et fédérations se sont engagées, le 2 juillet, à incorporer au total dans leurs produits 275 000 tonnes de résines recyclées d’ici à 2025. Le secteur du bâtiment s’est engagé à incorporer 75 000 tonnes de plus qu’en 2017.

Mais les ambitions affichées contrastent avec la difficulté pratique de recycler sur le terrain. Loin de s’ancrer dans le cercle vertueux de l’économie circulaire, la transformation des déchets plastiques en ressources relève aujourd’hui encore d’un parcours du combattant.

 

Du chantier à la déchetterie, les premières difficultés

Une valorisation efficace sous-entend un tri adapté en amont. Or la mise en décharge reste une pratique courante, malgré la hausse récurrente de la TGAP (Taxe Générale sur les Activités Polluantes). Selon Marie Combarieu, l’accès à des déchetteries est encore problématique pour les artisans qui effectuent des opérations courtes sur différents emplacements, et n’ont pas de benne fixe. Ils finissent parfois par éliminer leurs déchets dans des déchetteries sauvages. Forte de ce constat, elle a créé une application mobile, Ecodrop, qui permet à ces acteurs de localiser des déchetteries situées à proximité, commander des camions pour y envoyer leurs déchets, et bénéficier de prix de mise en déchetterie négociés.

 

Mettre le plastique dans la boucle du réemploi, une question de contacts et de coordination

Une fois le matériau récupéré, une première solution de valorisation est son réemploi immédiat. On accède alors à la deuxième étape dans la stratégie des 3R (Reduce, Reuse, Recycle) qui sert de base à l’économie circulaire. Le réemploi est abordé lors de la conférence via un retour d’expérience de VINCI Construction sur le bâtiment PULSE, qui a réemployé des matériaux issus de la démolition pour le faux plancher et les mains courantes d’un nouvel immeuble tertiaire. L’expérience a été menée avec l’aide du bureau d’études MOBIUS.

Le premier défi, explique Lila Abtroum, est de mobiliser les acteurs. La plupart des interlocuteurs ne sont ni techniquement formés ni sensibilisés aux enjeux d’une gestion circulaire des déchets. Pour le bâtiment PULSE, MOBIUS avait en tout contacté 529 chantiers différents ; au final 2%, soit 40 sites, coopérèrent. Le succès d’un réemploi dépend plus particulièrement d’un acteur-clé : le maître d’ouvrage, dont l’importance est à la fois opérationnelle (il formule les exigences concernant la gestion des déchets) et juridique (il est légalement responsable de leur gestion, valorisation et l’élimination des déchets).

La seconde difficulté est d’ordre logistique. Afin d’éviter un stockage long et coûteux des matériaux, il est essentiel de coordonner les plannings de démolition/construction de chaque chantier et d’optimiser le système de transports.

 

Une exigence de traçabilité coûteuse

Le troisième frein, aussi le plus conséquent, est l’exigence de traçabilité. Pour assurer la conformité avec le CCTP (Cahier des Clauses Techniques Particulières), les marques et modèles des matériaux réutilisés doivent être identifiés. En pratique, deux scénarios se distinguent. Dans le premier cas, les DOE des matériaux sont disponibles, et ils peuvent être facilement réemployés. Dans le second cas et le plus fréquent, les DOE sont inconnus. Une batterie de tests (test de charge, réaction au feu, etc.) est alors menée pour assurer leur respect des normes. Si les matériaux réemployés proviennent de plusieurs gisements de ressources, des tests doivent être menés sur un échantillon de chaque site. Ces tests en laboratoires représentent un investissement financier important et dissuasif. La traçabilité pose aussi des difficultés assurantielles : pour le maître d’ouvrage qui assure la garantie décennale et pour l’assureur, le réemploi de matériaux dont l’origine est inconnue reste un pari risqué.

 

Un recyclage encore limité

Lorsque le réemploi n’est pas effectué, il reste comme dernière option le recyclage des déchets plastiques qui mènera à leur usage sous une forme nouvelle. Néanmoins, les matériaux plastiques recyclés font face à des freins similaires à ceux directement réemployés. Ils sont soumis à de nombreuses contraintes réglementaires en vue de correspondre aux exigences techniques et aux normes en vigueur. De plus, et contrairement à une idée reçue, un plastique recyclé est rarement moins cher qu’un plastique vierge car il est impacté par le coût du processus de recyclage. Sa plus-value ne réside pas dans son prix mais dans son caractère vertueux et circulaire, malheureusement moins tangible. Ces obstacles expliquent en partie qu’à ce jour, seulement un cinquième des plastiques du BTP soit recyclés.

 

Les poids d’un manque de coordination et une complexité réglementaire

En conclusion, la transformation des déchets plastiques en ressources fait face à d’importants freins, principalement un manque de mobilisation et de coordination entre métiers du BTP habitués à agir séparément, et une lourdeur réglementaire (couplée à une mauvaise répartition des responsabilités juridiques, toutes centrées sur le maître d’ouvrage) qui non seulement font reculer les acteurs de la construction, mais alourdissent le coût financier de la valorisation. Ces difficultés, qui ont été listées dans le cas du bâtiment PULSE, varient cependant selon l’échelle du projet. Le recours à des matériaux réemployés est ainsi plus fréquents pour des logements individuels que pour des immeubles tertiaires dont la complexité logistique est plus importante.

 

Vers une valorisation avantageuse pour tous ?

Les efforts actuels visent principalement à améliorer la compréhension des réglementations relatives aux déchets et à la coordination des acteurs via le développement de documents informatifs et de plateformes de mise en contact entre détenteurs et demandeurs de matériaux. Cette dynamique est renforcée par la FREC qui prévoit l’élaboration de guides techniques permettant la reconnaissance des performances des matériaux réutilisés et réemployés. De même, l’élargissement de la REP dans le secteur du bâtiment, bien que contestée (voire à ce sujet notre article sur les ambitions et outils de l’économie circulaire en 2018, disponible à ce lien) pourrait être une occasion de mieux définir les différentes responsabilités juridiques qui incombent aux fournisseurs de matériaux et aux responsables des travaux.

Le coût financier de la valorisation reste aujourd’hui un problème majeur. Dans le cadre de la CNT (Conférence Nationale des territoires), une discussion sur la hausse de la TGAP a débuté en mai. Les exigences relatives aux matériaux contenues dans la RT2020 pourraient aussi rendre l’usage de matériaux recyclés plus attractif.

Rendez-vous en septembre pour la présentation de l’étude de l’OID sur l’économie circulaire & l’immobilier.

 

Pour aller plus loin :

  • ADEME, « Identification des freins et des leviers au réemploi de produits et de matériaux de construction », avril 2016, https://www.ademe.fr/identification-freins-leviers-reemploi-produits-materiaux-construction.
  • Démoclès, « Etude sur la responsabilité de la maîtrise d’ouvrage en matière de déchets », 25 juin 2018, https://www.recylum.com/assets/recylumuploads/2018/06/Recy_18-06_Democles_Brochure_Exe1_1sc_bd.pdf.
  • Feuille de route Economie Circulaire, « 50 mesures pour une économie 100% circulaire », 23 avril 2018, https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/feuille-route-economie-circulaire-frec.
  • Site internet FRPlast, http://www.frplast.org/.
X