Vers un référentiel bas carbone à l’échelle du quartier ?

Mercredi 26 septembre se tenait une conférence organisée par l’association BBCA, dans les locaux de BNP Paribas Real Estate. L’occasion de faire un point d’avancement sur les nouveaux référentiels BBCA Construction et Rénovation, mais également de présenter le tout nouveau projet de l’association : produire un référentiel bas carbone à l’échelle du quartier.

 

BBCA en chiffres

Les chiffres clés de l’association ont d’abord été présentés. Plus de 50 opérations sont engagées dans le label :

  • 30 labels au total ont été délivrés (dont 15 opérations de bureaux, 14 opérations de logements collectifs et 1 hôtel) ;
  • Parallèlement, 20 opérations sont en cours de labellisation.

 

BBCA Construction : le référentiel 3.0

Le référentiel BBCA (Neuf) existe depuis 2016, une version 3.0 sera disponible courant octobre pour le tertiaire (Certivéa) et pour le logement collectif (Cerqual, Promotelec Services mais également Prestaterre). Les évolutions et points importants sont les suivants :

  • Prise en compte de la déconstruction préalable du bâtiment ;
  • Prise en compte de la fin de vie des matériaux et valorisation du stockage carbone (appréhendé en tant qu’« émissions négatives » pouvant être soustraites aux émissions globales du projet) ;
  • Possibilité de données anticipées durant la phase « conception » (en cas d’incertitude ou données manquantes à cette phase du projet) ;
  • Les 3 niveaux perdurent (Standard, Performant et Excellent) mais les seuils sont assouplis (pour cause : FDES manquantes et incomplétude de la base INIES, pénalisant les projets utilisant ces produits avec d’importants facteurs d’émissions) ;
  • Le label BBCA reste compatible avec le label E+C- préfigurant la règlementation thermique 2020 ;
  • Le label BBCA est désormais disponible à l’international grâce au partenariat avec Cerway.

 

BBCA Rénovation : Sortie imminente

Le référentiel du label BBCA Rénovation va être disponible en octobre 2018 également. Ce label porte à la fois sur la rénovation lourde et la rénovation thermique. Prestaterre sera le certificateur pour ce label.

Ce dernier s’appuie sur les 4 piliers de mesure du BBCA Neuf, avec quelques spécificités néanmoins :

  • Construction raisonnée. Seront valorisées : la conservation poussée de l’existant, l’utilisation de matériaux bas carbone, la réduction de la dépose prématurée, la valorisation des matériaux ôtés ;
  • Exploitation maitrisée. Seront valorisés : l’isolation du bâti, l’amélioration de la performance et la bonne gestion des équipements, le recours aux énergies renouvelables sur sites ou via les réseaux ;
  • Stockage carbone. La pérennisation et le développement du stockage carbone seront valorisés ;
  • Economie circulaire. Le réemploi de produits, en particulier in situ, sera valorisé.

 

En outre, les labels BBCA bénéficient à ce jour de plusieurs aides financières :

  • 500 € d’aide par logement social construit en Ile-de-France
  • 20 €/m² SDP de bonus par logement social à Paris (neuf et rénovation)

 

Vers un label BBCA Quartier ?

Après 6 mois de travail, l’équipe BBCA en partenariat avec le CSTB, Elioth, BNB Paribas Real Estate et Certivéa, a présenté l’esquisse de leur nouveau projet de label, dont le référentiel sortirait à horizon 2020.

Les principaux sujets de réflexion pour ce groupe de travail ont été l’établissement d’un ordre de grandeur de l’empreinte carbone d’un quartier, l’identification des leviers pour atteindre le zéro net carbone, les préludes d’un référentiel complet et les contraintes que cela exigeait.

Le groupe s’est basé sur des projections climatiques et sur l’objectif de l’accord de Paris (limitation de la hausse des températures à 2°C d’ici 2050). Elaborés dans une démarche 2°C compatible, les objectifs attenants au quartier ont donc été définis : il s’agirait de réduire les émissions d’un quartier de 60% d’ici 2030, 80% d’ici 2040, et 90% d’ici 2050.

 

L’usager au centre du projet

L’unité choisie diffère complètement des autres labels BBCA puisque ce n’est plus la surface qui prévaut, mais bien le nombre d’usager. L’unité choisie est donc la tCO2eq/usager. Cela permet de prendre plus largement en compte les émissions liées à la production, le déplacement et l’usage de biens, de services ainsi que toutes les interactions qui existent au sein d’un quartier.

Alors qu’un français moyen émet en 2018 environ 11,5 tCO2eq/an, il faudrait réduire cette empreinte à 6 tCO2eq/an en 2030 et 2 tCO2eq/an en 2050.

Comment obtenir de tels résultats ? Il s’agit déjà de comprendre quelles actions peuvent être incluses dans le périmètre du label. En effet, le parti pris est de différencier mais comptabiliser deux types d’actions : directes et indirectes. Une action directe valorisable dans le référentiel sera par exemple de choisir des matériaux biosourcés pour la construction d’un bâtiment ; une action indirecte valorisable dans le référentiel sera par exemple de mettre en place des potagers urbains, qui, s’ils n’ont pas une production notable en terme alimentaire, ont pourtant un impact culturel sur l’éducation à la saisonnalité des usagers du quartier. L’impact potentiel d’une mesure sur les modes de vie et la culture sera donc intégré dans le référentiel.

D’après les estimations du groupe de travail, sur les 11,5 tCO2eq/an, 4,5 peuvent être directement impactées par des actions directes et techniques dans le quartier, et 7 peuvent être indirectement impactées par des incitations. Avec une politique globale exigeante au niveau d’un quartier, 2/3 des émissions peuvent être évitées (estimation).

 

Ce qu’il faut retenir de l’approche

Les points fondamentaux à retenir de l’approche proposée sont les suivants :

  • L’approche compte beaucoup sur le stockage carbone des matériaux utilisés notamment ;
  • Une attention particulière est portée à la rénovation, qui doit être largement envisagée, en priorité par rapport à la construction, dans une démarche d’économie circulaire ;
  • Les externalités du quartier sont prises en compte. Ce point est le pendant de la difficulté à définir les frontières spatiales d’un quartier. En effet, un quartier est traversé par des flux et des réseaux qui conditionnent fortement sa viabilité. Les émissions des marchandises consommées sur place sont par exemple comptabilisées dans le quartier, bien que la production soit faite en dehors du quartier. Ce concept d’externalité permet également d’inclure les actions de compensation (qui ont souvent lieu hors du quartier (reforestation par exemple)).

Les interrogations autour du référentiel sont encore nombreuses :

  • Comment définir l’horizon temporel d’un quartier (cela a des impacts en termes de comptabilisation des émissions directes et des émissions cumulées) ;
  • Comment seront comptabilisées les non-actions (exemple : non-artificialisation des sols) ;
  • Comment éviter que le référentiel ne nourrisse les dérives de la compensation carbone (potentiel outil de greenwashing) ;
  • Comment prendre en compte l’impact des décisions d’aménagement actuelles sur la faisabilité de transformations du quartier demain.

 

8 projets pilotes devraient être dévoilés dans les mois suivants, parmi lesquels figureront probablement des quartiers de BNP Paribas Real Estate et d’EPAMARNE, engagés sur ce sujet et présents lors de cette conférence avec les interventions de Stéphanie Landouar et Laurent Girometti.

Emmanuel Acchiardi, DHUP, également présent, a précisé que le label E+C- n’évoluerait pas d’ici 2020.

Actualités à suivre durant ce mois d’octobre.

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