Retour sur la conférence du 30 septembre Changement climatique : Comment adapter le secteur immobilier à un monde à +2°C voire +4°C ?

Quels seront les impacts du changement climatique pour le secteur immobilier ? Comment adapter les bâtiments au changement climatique ?

Pour cette 11ème conférence du cycle Immobilier & Prospectives organisée par l’OID en partenariat avec le Plan Bâtiment Durable et la ville de Paris, l’objectif était de présenter, à travers deux temps forts, les perspectives d’un monde soumis aux changements climatiques, l’évolution des aléas climatiques et les solutions d’adaptation entreprises par les différents acteurs de l’immobilier, publics et privés. Ce cycle de conférences propose d’appréhender des sujets liés à des problématiques environnementales et sociales de l’immobilier sous le prisme des sciences humaines et sociales.

La conférence a été introduite par Laurent JACQUIER-LAFORGE, Global head of Sustainable Investing – La Française REM, et animée par Gérard DEGLI-ESPOSTI, Président – OID.

Elle a débuté par l’intervention de Catherine LARRERE, Philosophe et professeure émérite – Université de Paris-La Sorbonne, qui a abordé ce sujet complexe sous l’angle de l’éthique environnementale, en citant un extrait de L’Esprit des Lois de Montesquieu (1689-1755). Les hommes ont rendu la terre habitable par une société industrieuse et de « bonnes lois » (Montesquieu). Aujourd’hui, les sociétés industrielles semblent capables d’affecter le système Terre dans son ensemble et les ouvrages des hommes survivent aux hommes (Henning Mankell). Le changement climatique est le résultat, non pas de ce que nous avons voulu, mais de ce que à quoi nous n’avons pas pensé. L’éthique de la nature n’est pas séparée de l’éthique des hommes. Alors qu’il existe une vulnérabilité de l’Homme face à la nature liée à l’action humaine, il devient nécessaire d’engager un rapport plus moral à la nature en développant les éthiques environnementales du soi, de l’attention : habiter la Terre autrement.

Catherine LARRERE a ensuite participé à la table ronde qui réunissait Jérôme DUVERNOY, Chargé de mission – ONERC, Jérôme GATIER, Directeur – Plan Bâtiment Durable et Stéphanie CHEVALLIER, Chef de projet Ville durable – Nexity. Le bilan des perspectives climatiques dressé par Jérôme DUVERNOY, +1,5°C en France depuis 1900, 50% des forêts métropolitaines soumises à un risque élevé d’incendie en 2050, une sécheresse estimée à un manque de 3Mds de m3 en 2050, a introduit la présentation du projet de rénovation de la Porte de Montreuil, porté par Nexity, et présenté par Stéphanie CHEVALLIER. Ce projet a été pensé comme un laboratoire d’expérimentation pour répondre aux défis climatiques, en termes de bâtiments bas carbone, de lutte contre l’effet d’îlot de chaleur urbain ou de retour du chemin de l’eau dans le quartier. Jérôme GATIER, alertant que le carbone incorporé dans la phase de construction émet autant d’émissions de GES que tout le reste de la durée de vie du bâtiment, a insisté sur l’importance de la formation et la sensibilisation des acteurs. Il conclut en citant le philosophe norvégien Arne Naess, et sa théorie de l’écologie profonde par opposition à l’écologie superficielle que l’on connaît généralement, conçue pour préserver les ressources naturelles en vue du développement des pays riches. L’écologie profonde propose quant à elle de replacer la nature au cœur de nos pensées, afin de changer nos propres comportements.

Davantage tournée vers la modélisation climatique et les solutions d’adaptation, la seconde partie de la conférence a permis de mesurer les évolutions passées du climat, les tendances à venir, et leurs applications au bâtiment.

Robert VAUTARD, Directeur – IPSL, explique qu’une quarantaine de simulations climatiques existent en Europe et indiquent que le climat à la surface de la Terre devrait se réchauffer d’environ 5°C d’ici 2100 par rapport à 1900. Le phénomène de cumul des précipitations sur de courtes périodes devrait augmenter, provoquant une baisse chronique d’eau dans les sols de plus en plus fréquent et un risque d’inondations par ruissellement avéré, sur des sols devenus impropres à l’infiltration à cause de la sécheresse.

Reprenant ces données et l’adaptant au confort thermique des bâtiments, dons son adaptation à la hausse des températures, Jean-Alain BOUCHET, Expert Energie & Bâtiment – CEREMA a identifié les principales actions à mener pour bénéficier d’un confort d’été dans les bâtiments, dont : créer de l’ombrage, blanchir les toitures pour accentuer l’effet d’albedo, obtenir la fraîcheur par l’eau en la faisant revenir dans la ville, ventiler les bâtiments la nuit pour limiter l’usage des climatiseurs en limitant le bruit nocturne. Selon lui, il faut replacer le confort d’été dans les bâtiments au même niveau que la performance énergétique. En France, c’est la zone Sud-est qui devrait être la plus touchée par le réchauffement du climat.

Enfin, Jean-Louis MISSIKA, Adjoint à l’urbanisme, l’architecture, les projets du Grand Paris, le développement économique et l’attractivité – Ville de Paris, est intervenu sur les différents leviers des collectivités pour adapter la ville au changement climatique.

Cette conférence a été organisée dans le cadre d’une réflexion collective sur l’adaptation des bâtiments au changement climatique portée par l’OID, en partenariat avec l’ADEME, la ville de Paris, le Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire, l’Agence Parisienne du Climat, l’Association des Directeurs Immobiliers (ADI), et le Plan Bâtiment Durable. Ce projet vise à proposer un outil de cartographie des risques climatiques pour les bâtiments et un guide interactif de solutions d’adaptation.

La vidéo de la conférence est disponible sur la chaîne YouTube de l’OID à ce lien.

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