Sur le campus AVISO : un jardin de cocagne au pied des tours de la Défense

Cette matinée ensoleillée était propice à la visite du toit terrasse du campus AVISO transformé en jardin potager et espaces de convivialité. Durant cette commission OID, les membres de l’association ont en effet pu visiter ce site, géré par la Française REM pour le compte de plusieurs de ses SCPI, dans le quartier de la Défense. C’est le premier projet porté conjointement par La Française REM et MUGO, issu d’une réflexion sur le potentiel de développement d’une agriculture urbaine sur le patrimoine francilien de la société.

Le campus AVISO représente une surface de bureaux de 18 000 m2, destinés à 850 salariés et répartis sur 3 bâtiments, dont le siège social de Sony France.

 

Les étapes de la démarche d’agriculture urbaine

« Un projet d’agriculture urbaine est à prendre avec beaucoup d’humilité », indique prudemment Gérard Degli Esposti, Directeur de l’ISR immobilier – La Française REM, et Président – OID. La première étape fut de choisir la société MUGO pour étudier les 40 sites de La Française REM susceptibles d’accueillir le prototype d’un tel projet. En effet, depuis 2009, MUGO travaille à la réintroduction de la nature en ville, dans le but de préserver la biodiversité et faire en sorte que les villes soient vivables pédagogiques et nourricières, grâce au végétal. « Le campus AVISO est l’exemple de ce qu’on veut faire dans les villes », explique Antoine Guibourgé, Directeur du bureau d’études MUGO. Ce site a été retenu grâce à une situation géographique favorable, à proximité de l’ile de Puteaux et du bois de Boulogne, et surtout grâce à la présence d’un espace de toiture déjà végétalisé sur un substrat de 70cm de terre. En effet, composé autrefois de pelouses sans intérêt tondues chaque semaine et d’arbres ornementaux, cet espace était finalement peu fréquenté. « Quand on prend un projet, on voit l’état de l’existant, et le potentiel. Il n’y avait aucun usage sur les pelouses, une biodiversité réduite, pas de pédagogie avec les occupants et un entretien cher », détaille Antoine Guibourgé. « Le paysage se développe en ville, mais cela a un coût. Il faut que le projet soit réalisable et qu’il se maintienne dans le temps. Il fallait ici que l’entretien du nouveau site ne coûte pas plus cher que l’entretien qu’il y avait avant. »

 

Le triptyque de ce « jardin comestible » : biodiversité, agriculture urbaine & lien social

Dans ces espaces urbains très minéraux, il s’agit dans un premier temps de créer un lieu propice au retour de la biodiversité, même de façon minime, grâce à un jardin multifonctionnel dépassant la fonction ornementale. Les arbres au feuillage persistant ont été remplacés par des arbres au feuillage caduque afin d’appuyer le retour de la microfaune du sol, ainsi que des fruitiers. Un arbre fruitier, en plus de donner des fruits comestibles, est mellifère (le pollen des fleurs est utilisé par les abeilles pour fabriquer du miel), sert de gîte pour les oiseaux, et constitue un lieu de rencontre. « Dès que l’on a pu remplacer les vivaces et les arbres ornementaux par des plantes comestibles en libre-service, on l’a fait », indique Antoine Guibourgé. Bourrache, sauge, thym, salades, framboisiers, groseillers et autres végétaux comestibles composent le jardin potager, dont une partie est entretenue de manière associative par les résidents qui souhaitent cultiver leurs propres plants.

Le paillage de lin installé cet hiver pour protéger les jeunes plants du froid et maintenir l’humidité dans le sol a essaimé une multitude de graines qui donnent aujourd’hui de jolies plantes aux fleurs bleues, conservées parmi les autres plantes. La nature reprend ses droits ! Les 7 pensionnaires du poulailler font la joie des amateurs d’œufs bio du site qui apportent leurs boîtes à œufs pour la distribution, car les poules sont nourries au grain et aux déchets verts. Enfin, un peu à l’écart de ce jardin de cocagne, six ruches assureront une production de miel estimée de 10 à 20 kg par an.

Tout a été pensé comme une expérimentation, afin de démontrer également la faisabilité d’une agriculture urbaine à Paris. L’étude préalable des sols a démontré qu’ils étaient compatibles avec une activité agricole raisonnée, grâce à l’absence de métaux lourds et de particules d’hydrocarbure, quand bien même le quai de Dion Bouton en contre-bas est fortement fréquenté. L’approche est celle d’un jardin circulaire : rien ne rentre (pas d’intrants chimiques), rien ne sort. Les « déchets » verts alimentent le compost et le poulailler tandis que l’eau de pluie est récupérée pour l’arrosage (minime). En règle générale, un maraîcher doit disposer de 1 à 2 hectares en pleine terre pour vivre de son activité, à faible marge. Ce n’est donc pas ici un modèle productif. Pour le « premier printemps » de ce potager, inauguré il y a quelques mois seulement, il n’y a pas d’engagement formel sur des objectifs quantitatifs de production. Les estimations par an sont de l’ordre de 1 tonne de légumes, 145kg de petits fruits en libre-service (framboises, cassis, groseilles), 800kg de pommes et poires, plus de 3 000 plantes aromatiques pour la production de tisanes (séchoir à disposition, voir photo) et 1 500 pots de miel. Une terrasse en bois est installée au milieu du potager pour y installer un mini marché (par semaine ou par quinzaine) qui pourra être l’occasion de distribuer aux résidents les produits récoltés.

Un des principaux objectifs de cette initiative est de favoriser le lien social au sein du campus, grâce à ce jardin. Le but étant de mieux vivre dans ces espaces de travail. La création de ces 2 000m2 de jardins maraîchers a été ainsi très bien reçue par les occupants. Dans sa conception, le jardin accueille différents espaces : potager participatif, terrain de pétanque, terrasses en bois pour les évènements des résidents en extérieurs, installation de mobilier sur les pelouses propices à l’échange, aux repas entre collègues ou à la contemplation ! Par ailleurs, un important travail de pédagogie sur le site est à l’origine de son succès aujourd’hui. Il était prévu, dès leur conception, que ces espaces soient réversibles, dans le cas où les occupants n’adhèrent pas au projet. L’entretien d’une partie du site est assuré par des occupants volontaires, organisés en micro-association d’une quarantaine d’adhérents, formés grâce à quatre sessions de formation par an assurées par MUGO. Par ailleurs, le RIE s’inscrit aussi volontairement dans cette démarche, en organisant des évènements de convivialité au moment des repas à l’extérieur pour profiter du jardin.

 

Quels enseignements pour le secteur de l’immobilier ?

Une telle initiative ne peut être réalisable sans la conviction et l’élan du propriétaire. Si le projet est réversible, il s’avère toutefois qu’il y a une véritable demande de la part des occupants. L’expérimentation requiert néanmoins de la prudence quant à son maintien dans le temps, mais aujourd’hui l’engouement est tel qu’il promet de belles années à ce jardin maraîcher.

Ce dernier donne une réelle valeur ajoutée aux espaces de bureaux qui en bénéficient. L’investissement total a été porté uniquement par le propriétaire. Il représente un lieu de ressourcement et de bien-être pour les salariés qui peuvent se servir et grapiller les petits fruits en bonne intelligence avec les équilibres à respecter. Le retour de la production maraîchère en ville et la biodiversité qui l’accompagne (oiseaux, fleurs, fruits) est également une manière de valoriser des espaces souvent délaissés et peu fréquentés. Un bel exemple d’engagement sur ces problématiques centrales et actuelles.

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